José María Arguedas
(1911-1969) : ethnologue et écrivain péruvien. Marqué par la mort de sa mère alors qu’il est encore enfant, il apprend le quechua auprès du personnel de maison afin de fuir sa belle-famille. Étudiant à Lima, il participe à des manifestations antifascistes qui lui vaudront, en 1937, l’incarcération. Un roman, "El sexto" (1961) relate cette expérience. En 1963, alors qu’il achève sa thèse de doctorat, il accède à la direction de la Maison de la culture du Pérou. Souffrant depuis plusieurs années de névrose aiguë, et après une première tentative en 1966, il se suicide le 2 décembre 1969. Son roman autobiographique "Los ríos profundos" (Les Fleuves profonds, 1958), radiographie la misère physique et morale des travailleurs indiens et glorifie le métissage, source d’espoir. À noter aussi Todas las sangres, et le complexe "El zorro de arriba y el zorro de abajo", roman demeuré inachevé. Le corps d’Arguedas a été déterré illégalement en juin 2004 du cimetière El Ángel, à Lima, pour être conduit dans les Andes, à Andahuaylas, précisément. Je note que son enterrement, 35 ans plus tôt, fut également l’objet - en dépit de ses scrupuleuses indications - de récupérations politiques.
Horacio Quiroga
(1878-1937) : écrivain uruguayen dont il sera question. Sa destinée est apocalyptique : son père meurt d’un coup de fusil accidentel, son beau-père, paralytique depuis une attaque, se suicide (en actionnant la gâchette de son fusil avec un doigt de pied), ses deux frères meurent prématurément. En 1902, alors qu’il révisait l’arme d’un duel dont il était témoin, il abat son ami Federico Ferrando d’un coup de pistolet dans la bouche. En 1915, sa jeune épouse se suicide après six ans de vie commune. En 1933, suicide de Baltasar Brum, président d’Uruguay, protecteur et ami d’enfance. Son propre suicide, alors qu’il est atteint d’un cancer gastrique, n’achève pas la série des morts brutales : sa fille aînée, Eglé, se suicide quelques mois plus tard, son fils Darío l’imitera. Ses amis proches, écrivains et poètes comme lui, Alfonsina Storni et Leopoldo Lugones (1873-1938), décident également de se donner la mort. Lugones choisit la date anniversaire de la disparition de Quiroga, le 18 février, et le même poison : du cyanure. Quiroga laisse une œuvre remarquable où la forêt tropicale (il y mena une existence laborieuse et ascétique) occupe une place primordiale : des contes surtout (Cuentos de amor, de locura y muerte - Conte d’amour, de folie et de mort, Cuentos de la selva - Contes de la forêt), des récits (Anaconda) des romans, des recueils de poésie et une volumineuse correspondance. |